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Le premier véhicule automobile de construction japonaise pourrait être cette espèce de bus à vapeur exploité par la première entreprise de transport par autobus Nii Shokai pour le compte de la Chambre de Commerce de Kyoto. Son moteur semble être un Panhard. Lancé le 20 septembre 1903, cette date est devenue la journée nationale du bus au Japon.
Une automobile étrangère est exposée à la 5e Exposition Industrielle Nationale d'Osaka (第五回内国博覧), en 1903. Elle ressemble étrangement au bus de Kyoto. Elle va inspirer M. Torao Yamaba pour construire le premier véhicule automobile entièrement japonais, un charriot à vapeur réalisé en 1904 pour transporter sa famille.
En fait une première tentative de construction automobile est réalisée en 1902 par Shintaro Yoshida et Komanosuke Uchiyama. Des pièces importées des USA servent à assembler des omnibus. Cinq ans plus tard ils réalisent la Takuri, première automobile à essence entièrement japonaise.
L'entreprise Uchiyamasuke se lance en 1907 dans la fabrication d'autobus pour le compte des frères Aoki de Nagasaki. Si 1903 a vu le premier permis de conduire délivré (à Aichi), chaque préfecture établi les permis à sa manière. Un règlement de la circulation est initialement édicté par la police en 1907.
Miyata Seisakusho, originellement une fabrique d'armes établie à Tokyo, devient le premier fabriquant de bicyclettes du Japon en 1890. Précurseur dans certaines technologies comme la trempe de l'acier, il construit une automobile en 1909. La Asahi, du nom de ses bicyclettes, est équipée d'un petit moteur bicylindre à plat refroidi par air fonctionnant à l’essence. Cette auto remporte le premier prix à l'Exposition de l'Association préfectorale du Kansai, à Aichi en 1910. Un deuxième véhicule est construit en 1911. Toujours appelé Asahi, il est plus grand et peut accueillir 4 passagers. Par la suite, Miyata fabriquera des motocyclettes dès 1913, et des véhicules militaires pour l'armée impériale.
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Rue de Tokyo en 1905 |
Le magasin Kunisue Kinko se fait construire une automobile élégante biplace munie d'un moteur monocylindre à essence de 8 HP, 1909. Kentaro Sakurai met au point une automobile légère mue par ressort en 1909. On dit qu'elle peut atteindre 13 km/h.
La brasserie de bière Kirin demande à l'atelier Meijia de Tokyo de lui fabriquer un véhicule publicitaire en forme de bouteille. La base est une Argyll (Flying Fifteen) anglaise de 1909 avec son moteur 4 cylindres en ligne de 15 HP.
Shimazu Narazo est le pionnier de la motocyclette au Japon. Ingénieur autodidacte, il construit son premier engin en 1908. Un moteur 2 temps de 400 cm3 est d'abord utilisé dans un cadre de Triumph, puis c'est un 4 temps qui est développé et monté dans un châssis maison. La transmission est assurée par une courroie. Une vingtaine d'exemplaires du modèle NS sont vendus. En 1910, Narazo fabrique un cycle car, puis il conçoit un moteur d'avion à 9 cylindres en étoile qui obtient une récompense. Il continue avec les motos et side-cars et la Aero First sort en 1926. Le moteur est un monocylindre 4 temps de 250 cm3 avec une boîte de vitesse à 2 rapports. Environ 700 machines sont construites mais face à des déboires financiers, la compagnie doit mettre la clé sous la porte avant la fin de la décennie.
Deux partenaires désirent construire une automobile en petite série. Yoshiyoshi Kunisue tient une fabrique de coffres-forts et son ami Yonetaro Yamada est à la tête d'une usine métallurgique. Ils construisent deux voitures en 1910 avant que Yamada ne décède de la tuberculose et le projet est interrompu.
Mogi Hayashi conçoit et fabrique une voiture en série dans son usine de Tokyo en 1911. Des carrosseries Limousine et Landaulet sont proposées. Le moteur est un 4 cylindres composé de deux blocs coulés et disposés en parallèle. Elle ne peut survivre face aux modèles importés.
Pendant ce temps, la construction automobile en Europe est florissante et les premières usines de montage à la chaîne voient le jour aux Etats-Unis. On peut compter 82 voitures à Tokyo en 1911, alors qu'il y a 22 000 jinrikisha. La situation n'évolue guerre jusqu'en 1923, faisant des constructeurs nippons d'automobiles des marginaux.
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Dès 1909, les métiers à tisser automatiques Suzuki sont réputés robustes et sont exportés dans le monde entier |
Vers 1912, un système d'immatriculation des véhicules roulants est mis en place. Le premier inscrit est le camion publicitaire de Kirin.
La norme va évoluer pour concerner tout le pays. Dans les années 50, les plaques d'immatriculation sont normalisées et délivrées par le LTO.
La première compétition japonaise de motos se déroule à Nishinomiya en 1913. Environ 30 000 spectateurs se pressent sur l'hippodrome qui sert de circuit. Jamais une compétition, quel qu'en soit la nature, n'a attiré autant de monde.
Masujiro Hashimoto a le rêve de construire une voiture en série et de l'exporter. Dans son petit atelier il réalise un premier prototype en 1912, la Shinsoku. Trois ans plus tard la première DAT est prête pour la série, elle deviendra Datson puis Datsun et enfin Nissan plus tard.
En 1916, un jeune étudiant fabrique une automobile avec des pièces de De Dion-Bouton pour le compte d'un industriel, c'est la Arrow.
Mitsubishi est créé en 1917 et produit le Model A inspiré d'une Fiat de 1912 à destination de l'armée. William R. Gorham, un ingénieur américain expatrié au Japon fabrique un tricycle à moteur de Harley-Davidson.
Tokyo Gas and Electric Industries Company, qui deviendra Hino par la suite, construit le camion TGE Type A en 1917.
En mars 1918 le gouvernement japonais met en place la loi sur les subventions aux véhicules militaires (Military Vehicle Subsidy Law ou Gunyo jidosha hojo-ho) qui donne la possibilité aux autorités militaires de distribuer des subsides à des constructeurs de véhicules. Ils peuvent alors produire des véhicules civils (camions et voitures) en temps de paix pour autant que ceux‑ci puissent être convertis en véhicules militaires pendant une période de guerre et utilisés par l'armée. C'est en fait la première politique industrielle concernant la construction automobile du Japon.
Tokyo se développe et voit ses rues de plus en plus encombrées. Entre les voitures à chevaux, les chars à bœufs, les pousse-pousses, les vélos, les motos, les voitures automobiles, le tram et les piétons il devient nécessaire de penser à réglementer tout ce trafic. Cette prolifération de multiples moyens de transports ne fait pas toujours bon ménage, les motos pétaradantes effraient les chevaux et le tram est une concurrence directe aux rickshaws.
Les choses sont mises en ordre en 1919 avec plusieurs réglementations d'ordre national. Tout d'abord l'unification des permis de conduire pour tout le pays. Ensuite un premier code de la route japonais est mis en application. Il stipule entre autres la circulation à gauche, les responsabilités en cas d'accident et les sanctions à appliquer en cas d'infraction. Le conducteur d'un véhicule doit avoir l'âge de 18 ans minimum et doit obtenir un permis de conduire valable 5 ans. Le véhicule doit être enregistré et porter une immatriculation. La vitesse maximum est fixée à 26 km/h.
En 1919, il est encore rédigé un projet de développement de l'infrastructure routière financé par le gouvernement. Ce projet se traduit l'année suivante par un plan d'amélioration des routes nationales et provinciales sur 30 ans. C'est le temps estimé pour mettre en place un véritable réseau routier consistant à goudronner et à construire les différents ouvrages, ponts et tunnels, nécessaires aux principaux axes du pays.
Une nouvelle entreprise voit le jour en 1916, elle deviendra Isuzu et produit une Wolsley A9 sous licence en 1922. C'est le premier contrat dit "d'assistance technique" entre le Japon et l'Occident pour la construction d'une automobile. La première automobile japonaise conçue pour une production en série de masse est la Lila de Gorham en 1921. La société sera englobée par DAT en 1926. Un autre constructeur se lance dans la fabrication en série avec de grands espoirs, Junya Toyokawa présente sa Ales en 1921 également.
Un importateur de véhicules GM construit sa propre automobile en 1922, la Yanase. A la même époque, Ohta fabrique une Pheaton à 4 places , la production en série ne sera pas possible avant une douzaine d'années.
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Tokyo Hibiya dans les années 1920 |
Au début des années 20 Ford a déjà vendu plusieurs millions de Model T, 647 300 exemplaires sont sortis des chaînes de montage de Détroit seulement durant l'année 1921 !
En 1923, sur 12 700 véhicules à moteur roulant au Japon, seulement un millier ont été construits localement, tous les autres ont été importés. 95% des importations viennent des Etats-Unis, Ford en tête, suivi de GM. Les autres sont des véhicules d'origine européenne. Les plus populaires étant les Fiat, puis les Renault, Citroën, Bean et Wolseley.
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Bus de Kyoto, 1903 |
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5e Exposition Industrielle Nationale d'Osaka 1903 |
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Nakane Iron Works propose des automobiles à Osaka en 1903 |
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Yamaba 1904 |
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Yoshida 1905 |
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Takuri 1907 |
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Miyata Asahi 1909 et 1911 |
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Kunisue et Kentaro Sakurai 1909 |
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Argyll Kirin 1909 |
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Première motocyclette de fabrication japonaise, par Shimazu Narazo. Modèle NS de 1909 |
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Cycle car Shimazu Narazo 1910 Kunisue-Yamada 1910 |
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Mogi Hayashi Limousine et Landaulet 1911 |
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DAT Type 31, 1915 |
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Arrow 1916 |
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Mitsubishi Model A 1917 |
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TGE Type A 1917 |
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Gorham tricycle 1918 |
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Lila 1921 |
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Ales Type S 1921 |
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Isuzu A9 1922 |
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Yanase 1922 |
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Ohta 1922 |
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